1448, tout commença cette année là, au printemps, je venais d’avoir 16 ans, j’étais désormais un homme parmi ceux du village. Et pourtant, d’aussi loin que je ne me souvienne, j’avais toujours eu l’impression de ne pas faire partie de cette petite communauté que j’appréciais tout de même.

Mon oncle et ma tante m’avaient recueilli quelques 16 ans auparavant, après que ma mère, soit morte chez eux, sans avoir dit autre chose que mon nom : Edwyn. Encore aujourd’hui, c’est la seule chose qu’il me reste d’elle. Ce n’était pas vraiment mon oncle et ma tante, car ma mère ne leur était en rien apparentée. De plus, il suffit d’un regard pour voir que je suis différent, mais c’était comme cela qu’ils voulaient que je les appelle, et c’est donc comme ça que je les ai appelé jusqu’à présent.

Ma mère, qui était arrivée, blessée, devant leur ferme, située en bordure du village, avait trouvé chez eux un accueil qui à défaut d’être franchement chaleureux, était au moins cordial et désintéressé. Car ces villageois, tout claniques qu’ils soient quand il s’agissait d’intégrer quelqu’un dans leur communauté n’hésitaient pas à aider leur prochain, tant qu’ils le pouvaient. A condition, bien sur, qu’ils ne se mettent pas trop eux même en danger.

Or donc ma mère, qui était arrivée en fort mauvaise posture, devant leur ferme, fut accueillie, couchée dans leur meilleur lit, qui est aussi le seul vrai lit de la maison. Pendant que ma tante lui apportait les premiers soins, mon oncle parti en ville chercher Méanor, le soigneur et magicien du village. Celui-ci arriva en compagnie de Ghunthar, le conteur et gardien du savoir.

Méanor tenta en vain de sauver ma mère, qui était s’il faut en croire les dires, d’aussi robuste constitution que moi. Rien de ce qu’il put faire ne suffit et il ne put que sauver le bébé qu’elle mit au monde cette nuit là, moi. Méanor m’appris plus tard que pour une raison toujours inconnue de lui, le corps de ma mère avait résisté aux sortilège de soins qu’il avait tenté de lancer. Il lui avait donc fallu se rabattre sur la chirurgie, art qu’il avait quelque peu négligé pendant ses études. Il m’avoua aussi, presque contre son gré, qu’en plus de cette résistance, il avait senti un grand pouvoir chez ma mère. Pouvoir qu’il continua par la suite de vouloir, en essayant de faire de moi son apprenti.

Mon oncle ne savait que faire de moi, après la mort de ma mère plus tard dans la nuit, et une discussion épique eu lieu entre le bourgmestre Kyrten, Méanor, mon Oncle et ma Tante. A la fin, ce fut l’avis de ma Tante qui prévalu, elle voulait en effet me garder, et m’élever comme le fils qu’elle venait de perdre pendant l’hiver. Ses larmes, et sa détresse prévalurent donc sur l’avis de Kyrten et de Méanor qui voulait chacun avoir ma garde, l’un comme pupille du village, l’autre pour faire de moi son apprenti.

Je vous parlais tout à l’heure de mes différences, qui sont celles dont j’ai hérité de ma mère. Mais quelles sont elle ? Et bien déjà, je suis un peu plus grand que la moyenne des villageois. Pas de beaucoup, mais ces quelques centimètres en plus suffisent à faire de moi l’homme le plus grand du village. Du haut de mon mètre quatre vingt dix, je fais une bonne tête de plus que la plupart des hommes du village, et bien 15 cm de plus que le plus grand d’entre eux. Je suis également plus fort que les plus robustes d’entre eux, ce qui m’a valu de toujours remporter les concours de bras de fers qui étaient organisés, jusqu’à ce qu’on m’interdise d’y participer. J’ai également les yeux d’un bleu profond, pour la pupille, et ce qui devrait faire office de blanc chez moi est d’un vert dont la nuance est à ce que l’on dit entre le vert forêt et le vert émeraude. Quand à mes oreilles, si je ne les ai pas pointues comme les elfes que l’on aperçoit parfois dans les bois et les forêts qui entourent le village, je partage toutefois avec eux l’absence de lobe. Je vois plutôt bien la nuit, mieux que humains, mais moins bien que les elfes ou les nains.

Revenons donc quelques mois en arrière, jusqu’à la fin de l’hiver afin de voir où et pourquoi tout à basculé.

J’étais en apprentissage depuis quelques années déjà chez Herman, le forgeron du village. Ma force peut commune pour mon age, ainsi que ma carrure me permettait de suivre son rythme soutenu du matin jusqu’au soir. Parfois il m’arrivait même de continuer alors que lui, à bout de force était rentré se reposer. J’avais une petite chambre au dessus de l’atelier, ce qui n’était pas fréquent pour les apprentis du village, mais la forge était grande, et Herman m’appréciait. Il ne voulait pas que je dorme dans l’atelier.

Notre village, situé au pieds des montagnes, était proche de nombreuse mines. L’exploitation de ces mines nécessitait bois et charbon que nous fournissions, mais aussi un forgeron et quelques apprentis pour affiner le métal que les mineurs extrayaient et réparer leurs outils. Les hivers étaient doux, aussi le travail des mines ne s’interrompaient pas et les caravanes de métal partaient régulièrement de notre village afin de fournir les différentes villes du pays. Plus rarement, une caravane naine venait acheter du métal. Les nains ont en effet leur propres mines, mais préfèrent travailler le métal que de l’extraire, il arrive alors qu’ils doivent en importer pour satisfaire leur besoin.

Notre village était donc prospère sans être très riche, car les mines nous fournissaient essentiellement du fer, du cuivre et de temps à autre un filon d’argent aurifère, en fonction de la chance des mineurs.

Nous avions de temps à autre quelques brigands plus téméraires que les autres. Dans ces rares occasions, une partie de la garnison de la baronnie dont nous faisions partie arrivait bien vite et tout rentrait dans l’ordre. Soit parce que les coupables étaient trouvés et châtiés ou parce qu’ils disparaissaient et impressionnés par le déploiement de force ne revenaient pas.

Notre baron, il faut le dire ne lésine pas quand il s’agit de ses troupes. En effet, ceux-ci sont nombreux, bien entraînés et bien équipés, et les patrouilles sont nombreuses sur ces terres. Ce genre de désagrément ne survenait donc que très épisodiquement.

Un beau matin du dernier mois d’hiver, après avoir assisté à l’office, je me dirigeais vers la taverne du village, qui faisait aussi office d’auberge. Elle était tenu par un personnage un peu excentrique, du nom de Gary, qui était arrivé dans le village une vingtaine d’années auparavant. Un soir de tempête comme il n’en arrive que rarement, et n’en était jamais reparti. A tout ceux qui lui demandaient pourquoi, il répondait qu’il était tombé « amoureux du coin ». J’aimais bien Gary, car étant étranger comme moi au village, il était plus ouvert, et acceptait plus facilement mes différences que les villageois. Il avait beaucoup voyagé, et il avait rapidement couvert les murs de sa taverne de toiles de sa composition montrant des créatures franchement étranges qu’il avait croisé au cours de ses pérégrinations. De son côté, il savait que j’appréciais bien plus que la plupart des villageois les histoires de ses aventures qu’il aimait raconter.

L’air était frais, et piquant mais sans être trop froid, l’odeur de la tempête que nous avions eu toute la semaine planait encore dans l’air. Les nuages, petits et parsemés annonçaient clairement que le temps serait beau pendant encore deux ou trois jours. Comme plusieurs hommes du village, qui allait aussi vers la taverne, je flânais en chemin, échangeant quelques plaisanteries avec eux, et pariant sur la date de la prochaine caravane. Nous arrivions en vue de la taverne, quand un détail me surpris, l’écurie de celle-ci était pleine.

Et qui que ce soit, ils venaient juste d’arriver, je pouvais le deviner au raffut que faisait encore les bêtes. Je fis donc un crochet par l’écurie pour voir si mes services seraient ou non nécessaires à la forge pour poser de nouveaux fers. Les bêtes étaient magnifiques, je n’avais jamais vu de plus élégants chevaux, mélange de grâce et de robustesse, de finesse et de force. On les devinait sans peine capable de galoper presque deux fois plus vite que la plupart des chevaux et deux fois plus longtemps aussi. Un rapide examen me convainquit que mes services ne seraient sans doute pas nécessaires car la demi douzaine de montures était entretenue avec le plus grand soins.

J’entrais donc dans l’auberge, et me dirigeait vers le comptoir pour commander une choppe de bière. Quand mon regard fut attiré par les étrangers, à qui devait, selon toute probabilité appartenir les chevaux, ils étaient attablé dans un coin, observant avec attention mais sans animosité la salle. Leurs cheveux sombres ou dorés, et leurs regards perçants furent les premières choses que je notais à leur sujet. Ils discutaient entre eux à voix basse, et personne parmi les habitués de la taverne n’osait les approcher. Le regard de l’un d’eux tomba sur moi, et l’espace d’un instant, nos yeux se croisèrent. Elle avait les cheveux d’un magnifique blond doré, mais ce qui me captiva à cet instant précis ce sont ses yeux d’un bleu profond, presque turquoise. Ne voulant pas paraître impoli, j’arrêtais de les observer, et fis les quelques mètres qui me séparaient du comptoir. Gary me tendit une chope et me dit :

  • Ils sont arrivés depuis une demi heure, et je flaire les ennuis depuis qu’ils sont là.
  • Ils n’ont pas l’air de chercher la bagarre, lui fit-je remarquer.
  • Non c’est sur, mais ils sont armés jusqu’au dents, et semblent prêts à bondir au moindre incident.

De fait, je jetais un regard dans leur direction et je vis les poignées des leurs rapières et de leurs épées. J’avais eu l’occasion en mon temps d’en manipuler, et même d’en forger quelques unes sous l’égide de mon maître Herman. Toutefois, les gardes des armes qu’ils portaient tous semblaient avoir été faites plus par des bijoutiers que des armuriers tant étaient fins les ornements qui les couvraient. Je hochais donc la tête à l’intention de Gary, puis je pris ma chope et je me dirigeais vers la table la plus près de l’estrade où s’installait le conteur. Il y était attablé, et me fit signe de m’installer ce que je fis, me détendant, puis fini par me dire :

  • Et bien Edwyn, que penses tu de nos visiteur ?
  • Ils sont doués ou inconscients, répondis-je.
  • Ahah, fit-il, à quoi vois tu cela ?
  • Et bien ils portent de belles armes, et leur maintient est empreint d’une certaine noblesse. Donc soit c’est un groupe de nobles en vadrouille, auquel cas je ne suis pas sur que la région soit ce à quoi ils s’attendent. Soit c’est un groupe de mercenaires, et dans ce cas, pour avoir ce genre d’équipement, il faut qu’il soit vraiment bons.

Il hocha la tête, et ajouta :

Je ne pense pas qu’il s’agisse de simples mercenaires. Toutefois, je crois que nous auront bientôt le fin mot de l’histoire, en voilà deux qui viennent par ici.

Je me retournais surpris, car bien que la taverne soit plus silencieuse que d’habitude, on entendait généralement bien les gens marcher. Les planches qui faisait office de sols ayant pris l’humidité, elles grinçaient généralement assez fort, et là je n’avais rien entendu. Je les regardais avec un certain respect, bien peu de gens du village étaient capables de marcher ainsi dans la taverne, et encore moins après une longue chevauchée. Ils s’installèrent à notre table, m’observèrent pendant quelques instants. L’un des deux étrangers, était la jeune femme au cheveux dorés et aux yeux bleus que j’avais remarqué quelques instants auparavant. Soudain, l’homme qui l’accompagnait pris la parole, et s’adressant à Ghunthar, le conteur, lui dit :

  • Vieil homme, vous êtes sans doute le gardien du savoir de ce village.
  • En effet, répondit Ghunthar en hochant la tête, je suis le conteur de ces lieux, et gardien du savoir.
  • Nous aimerions savoir si des événements inhabituels se sont produits dans ce village il y a 15 ou 16 ans, pouvez-vous nous renseigner, intervînt alors la jeune femme, d’une voix riche et douce ?

Ghunthar me lança un regard timide, guettant mon approbation, et je hochais discrètement la tête. Je lui signifiais ainsi que je ne voyais pas d’inconvénients à ce qu’il dévoile mon histoire telle qu’il la connaissait. Il faut dire que je prenais toujours plaisir à l’entendre. Le vieux bonhomme avait assisté à ses derniers instants, et son talent de conteur était incroyable. Je n’avais d’ailleurs pas de raisons de cacher quoique ce soit, l’histoire été déjà trop publique pour la cacher. L’administration du baron avait en effet mené une enquête pour valider mon adoption. De plus, mes différences indique clairement que je ne suis pas complètement humain.

Voyant que Ghunthar grimpait sur l’estrade, je m’installais confortablement afin de profiter du spectacle qu’il allait donner, à l’intention de ces étrangers.

2 Comments

2 responses to Un Orphelin – Prologue : un village montagnard

  1. Manirian on août 7, 2009 at 08:52

    Intéressant.
    Il y a toujours une très forte ressemblance avec Eragon, des fautes même type de fautes que la suite) et de la recherche.
    Juste une remarque qui change, au début du Moyen-Âge, les hommes mesuraient en général 1m60, bien plus petits que maintenant. Tu devrais le prendre en compte dans la taille de ton personnage.

  2. Duncane on août 7, 2009 at 15:36

    @Manirian : Merci pour ton petit retour. Concernant la taille, étant adepte de la vérité historique quand je fais du JDR médiéval, je savais déjà ce qu’il en était, mais le point que tu oublies (j’avoue ce n’est pas précisé), c’est que c’est vrai sur Terre dans un contexte historique réel. Les dragons et les humanoïdes non-humains (nains, elfes et autres), place déjà l’histoire dans un contexte historique non réel, donc je peux faire un peu ce que je veux de la taille des gens non ?

    Pour en revenir a ta remarque sur une similitude avec Eragon, je dirais, oui le type d’univers (médiéval-fantastique) est le même, quand aux caractéristiques du personnage il y’a quand même des différences, Eragon n’est pas orphelin, enfin pas vraiment, l’énigme sur l’origine de son père est même présente dans les 3 premiers tomes. Maintenant si tu veux absolument chercher des points communs, n’oublies pas StarWars qui a aussi beaucoup de points commun avec Eragon aussi (père inconnu, qui est en fait un grand méchant, quête initiatique, mentor qui meurt trop tôt, toussa-toussa, frère-sœur caché qui s’ignore …).

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