Il s’installa donc sur son tabouret, attrapa prestement son luth et l’accorda rapidement. Puis, jouant quelques notes douces, mélancoliques et tristes, il commença :

Oyez ! Oyez ! Écoutez donc l’histoire qui se déroula ici, un soir, il y a maintenant bientôt 16 ans.

La tempête avait fait rage, pendant près de 2 semaines, reste de l’hiver dont elle était issue. Le vent commençaient à peine à tomber que nous entendîmes le tonnerre au loin dans la montagne. La foudre semblait s’acharner sur une zone du contrefort qui bien que fort lointaine, nous apparaissait alors fort éclairée et fort bruyante. Le feu qui semblait avoir pris là bas ne nous inquiéta pas outre mesure, il pleuvait encore averse. La pluie aurait tôt fait d’éteindre les flammes si elles voulaient durer.

La nuit était encore jeune, l’heure du repas venant à peine de se terminer. Certains d’entre nous observèrent un moment le spectacle des éléments déchaînés à flan de montagne. Je regardais donc, avec quelques autres passants, abrité de la pluie par mon porche. Quand soudain, après peut être 15 ou 20 minutes, tout cessa et se calma. Le vent tomba, la température chuta fortement, et l’averse qui tombait encore quelques minutes plus tôt se changea brutalement en une simple bruine.

Nous étions tous intrigués, et ce soir, dans la taverne, tous nous ne parlions que de ces phénomènes un peu étranges. Plusieurs d’entre nous suggérèrent même l’idée d’aller voir sur place. L’idée fut retenue, mais tous furent d’accord pour attendre le lendemain pour s’y rendre.

Nous voilà donc au petit matin, en route, vers l’endroit. Nous étions une dizaine environ, à cheminer péniblement dans les bois. La zone où les éléments s’étaient tant acharnés hier n’abritait que de vieilles mines abandonnées depuis plusieurs années déjà. Sans nous être concertés, nous nous étions tous armés, nous ne savions pas ce que nous allions trouver, mais l’insistance de la foudre à tomber au même endroit, ne nous semblait pas naturelle.

Méanor le magicien et moi même marchions de concert à la tête de la colonne, échangeant nos impressions et nos hypothèses sur ce que nous pouvions trouver une fois sur place.

La matinée tirait sur sa fin, et nous fîmes une pause pour nous restaurer, dans une clairière que nous venions de trouver. L’odeur d’ozone était très forte et pendant le repas, nous fûmes incommodés par une odeur très forte qu’aucun de nous ne pouvait identifier.

Nous cherchâmes quelques minutes la source de l’odeur autour de la clairière mais nous n’avons rien trouvé. C’est ainsi que nous reprîmes notre route. Nous nous guidions maintenant autant à l’odeur désagréable et à celle de l’ozone, qu’à la position approximative que nous avions tous notée la veille au soir.

La forêt s’assombrit, sans doute à cause de la canopée qui s’épaississait plus nous approchions. Et sous peu, nous ne pouvions plus voir très loin. Nous continuâmes comme cela une bonne heure. Les esprits commençaient à s’échauffer, de peur, et d’excitation. Quand nous avons tous aperçut au loin une lueur qui ne pouvait provenir que d’une clairière de bonne taille ou de la limite de la forêt.

Plus nous nous sommes approchés, plus nous avons vu qu’il s’agissait d’une des conséquences de ce que nous avions vu, des arbres et des arbustes avaient été déracinés par la force de ce qui s’était produit un peu plus haut, et projeter jusque là.

Une sorte d’entassement rocheux, que nous ne pouvions voir qu’à contre jour présentait des contours vraiment irréguliers. Nous avons parcourus les derniers mètres vers ce tas de cailloux retenant notre souffle, tant la puanteur était forte et de peur de faire du bruit. Juste avant d’y arriver, le vent dans le feuilles dégagea assez d’espace pour me permettre d’apercevoir brièvement la couleur des cailloux. Ils étaient tous d’un magnifique rouge sanguin, non pas recouvert de sang, c’était leur couleur.

Je compris ce dont il s’agissait et Méanor aussi puisqu’il mis sa main devant sa bouche en même temps que moi. Voyant un des plus jeunes fermiers qui nous avait accompagné près à s’appuyer tout contre pour reprendre son souffle, je ne pus retenir un cri. Ce cri avait du être fort intimidant sans que je ne le veuille. Il s’arrêta net, et se tourna vers moi, de même que tout les autres villageois.

Méanor s’avança alors et dit :

  • N’y touchez pas ! Sous aucun prétexte, vous ne devez y toucher.
  • Pourquoi donc repris le jeune homme qui était prêt à s’appuyer contre, une note inquiète dans la voix.
  • Par respect pour cet être dont la vie s’est apparemment terminée de façon brutale.

Quelques torches furent allumées et lorsque l’éclairage fut suffisant, des cris de surprise et de consternation retentirent.

Devant nous, gisait un dragon rouge. L’odeur venait de son cadavre. Nous avons donc pris quelques minutes pour examiner le corps. Les dragons ne nous étaient pas familiers car ils avaient tendance à vivre entre eux. Toutefois, nous en avions tous vu voler au moins une fois, les cimes des montagnes avoisinantes étaient en effet considérées comme leur domaine.

Méanor et moi avions eu l’occasion de discuter une fois ou deux avec l’un des vénérables dragons d’argent qui venait chasser non loin du village. Nous savions tout deux ce que représentait cette mort violente pour une race qui n’avait qu’un enfant par siècle en général.

Violente elle l’avait été sans aucun doute, les écailles étaient brûlées en de nombreux endroits. Les membranes de ses ailes et son torse étaient percés de plusieurs trous, fait aussi bien par des projectiles magiques que physiques. Son long cou gracieux était tordu selon un angle improbable, sans doute ce qui l’avait achevé après un atterrissage catastrophe qu’indiquait la terre retournée près du corps.

Nous savions également que les dragons n’enterraient pas ni ne brûlaient leurs morts. Ainsi ais-je expliquer aux villageois que les coutumes des dragons diffèrent des notre et qu’il ne fallait rien faire pour le corps, la nature s’en chargerait.

Nous savions maintenant que celui qui avait fait ça, était soit un dragon, soit un mage, ou un groupe de mage. Et s’il s’agissait de mages, ils devaient être nombreux et suffisamment puissant pour tenir tête à un dragon et le vaincre.

Nous avons donc continué notre route vers la clairière dont nous n’étions séparé que par une petite centaine de mètre. Plus nous avancions, plus la lumière se faisait vive. Et nous pûmes voir les traces du combat qui avait fait rage ici de plus en plus nombreuses. Nous avions rapidement décidé, après la découverte du cadavre de continuer afin de voir si nous pouvions trouver des traces de ceux qui avaient causé cette destruction. Non pour le punir nous même, nous n’en n’avions sans doute pas le pouvoir, mais afin de transmettre ce que nous trouverions au baron pour qu’il puisse juger de ce qu’il fallait faire.

Ce que nous vîmes dans la clairière quand nous y sommes parvenus défiait toute logique, et toute imagination. Trois autres dragons étaient la, gisant, morts ou si proches des portes de la mort que cela ne faisait aucune différence. Un dragon noir, un dragon vert, ainsi qu’un dragon jaune. Tous présentaient des signes de violence absolument monstrueux. Et l’odeur était difficilement soutenable.

Nous fîmes le tour de la zone, afin de trouver des signes de campement, mais nous ne vîmes rien qui aurait pu être produit par un groupe de gens. S’il s’agissait d’un groupe d’humains, ils avaient pris garde à ne laisser derrière eux aucune preuve de leur passage. Nous ne pouvions donc qu’imaginer qu’une certaine rivalité devait exister entre les différents clans de dragons, et que les résultats de ces rivalités étaient ce que nous avions devant nous.

Fort de ces informations, nous avons repris le chemin du village, passant par un autre chemin qui nous permettrait de nous reposer dans une combe non loin. Cette combe présentait l’avantage d’être en permanence ou presque sous le vent. L’odeur n’y serait donc pas aussi présente, et nous aurions donc quelques minutes pour nous remettre de ce que nous avions vu.

Et c’est ainsi que sans plus d’incidents ni de découvertes nous rentrâmes tous au village.

Ghunthar venait de finir la première partie de son histoire, et posant son luth quelques instants, en profita pour boire quelques gorgées d’hydromel. Gary en ayant déposé une choppe sur la table basse à côté de son tabouret.

Quand à moi, je songeais aux dragons, je n’en avais pas vu beaucoup. Et ces grandes créatures exerçaient sur moi une étrange fascination. Une diseuse de bonne aventure qui était passé il y’a quelques mois au village m’avait prédit que mon avenir serait de très près lié aux dragons. Elle avait aussi ajouter qu’il me faudrait les craindre pendant encore un long moment.

J’étais déjà parvenu à cette conclusion, depuis quelques temps déjà. Certains des plus érudits du village aussi, tel que le conteur et le mage, avaient du y penser aussi. Sans doute à cause des pas légers que Ghunthar avait relevé sur place avec Méanor mais dont ils n’avaient parlé à personne à part à moi.

Notre conteur ayant finis de se désaltérer, il reposa sa choppe et repris son luth. Les notes qu’il jouait pour accompagner la suite de son histoire était moins tristes que tout à l’heure. Elle transmettaient maintenant à l’auditoire captivé – bien que tous ou presque l’aient déjà entendu plusieurs fois – une certaines joie et un certain espoir. Puis il entama d’une voix moins solennelle que tout à l’heure la suite.

Une fois arrivés au village, nous nous rendîmes à l’auberge, la soirée fut animée car chacun y aller de ses suppositions sur l’auteur de ce carnage. Méanor et moi nous sommes installés dans un coin de la taverne, et nous avons commencé à rédiger un message pour le baron afin de l’informer des événements. A plusieurs reprises, nous avons interrogé ceux qui nous avaient accompagner afin d’être surs de n’avoir rien oublié. Nous avons essayer de présenter les choses sans rien omettre, et à la fin, nous avons confier le parchemin scellé à l’un des messagers du baron. Il était arrivé dans l’après midi, pour prendre le rapport mensuel des mines, et souhaitait repartir le lendemain matin de bonne heure. Il nous confirma qu’il pourrait sans problème prendre notre message avec les rapports des différents villages qu’il avait déjà visité. Nous étions inquiets que la livraison du message fut délayée, et il nous rassura en nous affirmant que nous étions le dernier village qu’il devait voir, et qu’il repartait directement à la citadelle du baron. Son escorte de deux soldats nous confirma qu’ils repartaient demain matin pour la cité et qu’ils espéraient y être le surlendemain dans la soirée.

Ainsi fut fait, et le messager parti le lendemain matin, non sans promettre d’aller au plus vite. La journée s’écoula paisiblement, et j’étais dans ma petite maison, non loin de l’auberge, après avoir écrit une bonne partie de l’après midi. J’espérais en effet pouvoir composer une bonne histoire des événements que je venais de vivre.

Je venais de souper frugalement et assez tardivement, quand soudain un certain tumulte dans la maison voisine, celle de Méanor, m’intrigua. Je sortais de chez moi, et je vis Charles, essoufflé, qui tambourinait avec énergie sur la porte du mage. Je m’inquiétais, Charles venait de perdre son très jeune fils à cause des rigueurs de l’hiver et sa femme Miranda était encore faible et très triste. Il ne fut donc pas vraiment surpris quand ayant attrapé un chandail et ma cape, je m’approchais de lui. J’appelai Méanor, moi aussi, et peu de temps après, nous le vîmes, le visage bouffi de sommeil nous ouvrir.

Voyant Charles, sur le seuil, il s’inquiéta lui aussi, et sans plus de cérémonie, nous fit entrer.

  • J’ai besoin de vos talents de soigneur à la ferme, dit Charles.
  • Attendez moi ici un instant, je n’en ai pas pour longtemps, répondit Méanor.

Et après une fraction de seconde, il désigna un gros sac posé près de l’entrée, et nous dit :

  • Serez-vous assez gentil pour porter ce sac ?
  • Je m’en occupe, répondis-je, sans trop savoir pourquoi, je sentais qu’un événement intéressant aller se produire.

Je ramassais donc le sac, et le passais en bandoulière. Il était moins pesant que je ne m’y serais attendu, mais n’était pas non plus léger.

Nous n’attendîmes pas longtemps, avant de le voir redescendre, habillé, et prêt à suivre Charles. C’est ainsi que nous nous sommes mis en route. Nous sommes sortis du village par le nord, la ferme de Charles est en effet à 3km du village, et une bonne demie heure de marche nous attendez.

Chemin faisant, il nous dit :

  • Il est bon que vous veniez aussi, Ghunthar, vos talents pourront aussi nous être utiles.
  • Ah ? M’exclamais-je. Dites m’en plus ?
  • Une femme est arrivée il y a peu à la maison, elle est blessée, gravement, et nous ne comprenons rien à ce qu’elle nous dit, répondit-il.
  • Je connais bien quelques langues, mais je ne suis pas un expert, avouais-je.
  • Vous dites qu’elle est gravement blessée, intervint Méanor.
  • Oui et il semblerait en plus qu’elle attende un enfant, lui dit Charles.

Méanor et moi nous sommes regardés, l’espace d’un instant, intrigués, et d’un commun accord, nous avons accéléré le pas. Charles nous suivi, tant bien que mal, sa longue course l’avait déjà éprouvé. Il ne protesta toutefois pas, conscient que chaque minute pouvait compter pour la vie de cette femme, et de son enfant. La nuit était claire, la tempête avait totalement disparu depuis la nuit de la veille. Et nous trois, à moitié courant, à moitié marchant, n’avons pas mis plus d’une demie heure pour couvrir la distance.

Nous sommes finalement arrivés à la ferme de Charles et nous sommes entrés. Charles nous guida vers la chambre, ou la femme était étendue sur le lit. Miranda nous entendit entrer, et nous dit sans quitter la femme des yeux :

  • ça a commencé !

Nous n’avions pas besoin de plus de précisions pour savoir que l’enfant n’aller pas tarder à venir au monde. Mais nous ne savions pas s’il serait vivant ou mort.

Je pris donc quelques instants pour dévisager cette femme, et ce que je vis me marqua profondément.

Son visage était empreint d’une certaine noblesse, que ne parvenait pas à effacer les nombreux coups que nous pouvions voir. Mais, ce qui m’a le plus surpris ce sont ses yeux, deux magnifiques yeux dorés sur fond vert. Cette femme n’était décidément pas commune c’est l’une des seules choses dont j’étais sur à l’époque.

J’essayais donc de lui parlais, dans plusieurs langues différentes, mais à chaque fois, elle me répondait dans son propre idoine qui semblait à la fois proche et différent de toutes les langues que j’avais entendu. Voyant que je ne pourrait rien apprendre d’elle, je ne pu que lui dire que tout irais bien dans toute les langues que je connaissais. Aujourd’hui encore, je ne sais toujours pas si elle comprit ou non ce que je lui disais, ou si seul le ton avait fait quelque chose. Toujours est-il qu’elle se détendit un peu, pour autant qu’elle puisse se détendre, et qu’elle ne s’opposa plus à Miranda qui essayer de l’aider à mettre au monde son enfant.

Je lui tint la main tout le temps que cela dura, et il me sembla long, très long. Méanor, avec l’aide de Charles fit rapidement bouillir du linge pour l’enfant à venir, et fit le tour des plaies. Elles étaient nombreuses, certaines profondes, d’autres moins, en tout cas, j’étais surpris et lui aussi de voir cette femme encore en vie avec tant de blessures. Il passa ensuite ses mains au dessus du corps de la jeune femme, pour détecter les lésions qui ne seraient pas visibles.

Finalement il murmura tout bas :

  • je vais faire ce que je peux, mais je ne comprends pas comment cette femme à pu survivre aussi longtemps à tant de coups et de blessures.
  • N’y a-t’il pas d’espoir, lui soufflai-je.
  • Pour l’enfant, très peu. Pour la femme quasiment aucun. Répondit-il l’air triste.
  • Fais ce que tu peux lui, lui dit Miranda.

Tout bas, il commença à incanter. Sa concentration très marquée. On pouvait voir les tendons de son cou se tendre. Son visage pris une teinte cendreuse. Je n’étais pas mage moi même, mais j’avais assez fréquenté la magie dans ma folle jeunesse pour sentir l’accumulation d’énergie magique. Les mains de Méanor commencèrent à luire, et il les mit au dessus des plaies les plus profonde, et des lésions internes qui lui semblaient les plus grave. Toute les zones sur lesquelles il venait de passer ses mains se mire à luire d’une douce lueur, d’abord rougeâtre, puis dorée. Puis il se reposa pendant quelques longues minutes. Il haletait et avait du mal à respirer. Il chancela, je me précipitais vers lui, il m’arrêta d’un geste.

  • Laisse moi quelques instants pour reprendre mon souffle. Ça ira mieux très bientôt. Puis se tournant vers Charles, il demanda. Pourrais-je avoir un verre de vin ?
  • Tout de suite, répondit Charles, qui sortit rapidement de la pièce pour revenir un instant plus tard avec un verre qu’il lui tendit.
  • Je n’avais pas utilisé autant d’énergie depuis longtemps. Reprenant une nouvelle gorgé, il ajouta. La première partie de mon sort est finie. Il faut le laisser agir quelques instants.

Comme il terminait sa phrase, son regard s’attarda sur sa patiente, et il devint pale, comme s’il venait de voir la mort en personne. Je suivi son regard, et vis les lueurs qui baignait la jeune femme se mettre à clignoter, s’éteignant à chaque fois plus longtemps que la fois précédente. Jamais je n’avais vu un sort de soins agir de la sorte, j’étais médusé. Méanor lui réagit instantanément. Il commença à murmurer une autre incantation, agitant ses mains au dessus du corps de la femme dont la respiration s’accélérait.

Les contractions arrivèrent. À la première, toutes les zones que Méanor avait fait briller s’éteignirent. À la seconde, lui qui tentait de maintenir son sortilège, fut projeté en arrière et se retrouva pantelant contre le mur. Miranda était à son poste, les mains déjà couverte d’un peu de sang. Elle aidait l’enfant à sortir.

Tout se passa ensuite très vite pour moi. Le temps que Méanor se reprenne l’enfant était né. C’était un garçon, et indubitablement le fils de sa mère. Le cri qu’il poussa, son premier cri, fut assourdissant. Charles qui était retourner faire bouillir du linge, et préparer un peu de nourriture, surgit dans la pièce, l’air inquiet et surpris. Il regarda l’enfant, puis retourna s’occuper de la table. Miranda l’emmaillota après l’avoir nettoyé et avoir coupé le cordon. Bousculant sans ménagement le mage, elle le mis dans les bras de sa mère. Elle le regardant longuement le contemplant, les yeux pleins de larmes, de joie ou de peine, nul ne le saura jamais. Puis elle le rendit à Miranda, et le désignant, elle dit son nom d’une voix pleine de force : « Edwyn ». Elle ajouta d’autres paroles, mais trop bas et trop vite pour que je puisse l’entendre ou encore même le comprendre. J’ai eu à ce moment là, la chair de poule et mes cheveux se dressèrent. L’énergie qu’elle venait de dépenser dans son sortilège dépassait de très loin la performance de Méanor quelques minutes plus tôt. L’air en était presque électrique. S’il en est un qui fut soufflé, ce fut bien Méanor. Il s’assit contre la cheminée, et se prit la tête entre les mains. J’observais de nouveau la jeune femme et compris à ce moment que la magie l’avait sans doute grandement aider à survivre à ses blessures. Elle regardait son fils, et parmi ses larmes, un sourire résigné se dessina sur ses lèvres. Elle ferma les yeux et se rallongea. Miranda en profita pour amener l’enfant dans la pièce principale où un landau vide attendait.

Je secouais Méanor et le priait d’essayer de nouveau de la soigner. Il se leva encore ahurit par ce qui venait de se produire. Et se remit à l’ouvrage. Il n’essaya pas de lancer un nouveau sort, et sorti de son sac une aiguille, du fil et une fiole de liquide de sa composition. Il trempa l’aiguille et le fil dans le liquide qu’il venait de verser dans une petite bassine. Il se passa un peu de liquide sur les mains et entreprit de recoudre les plaies, en les nettoyant. Une petite pince qu’il enduit également de produit lui servit à retirer quelques éclats, de roche, de bois, ou les tissus qu’il jugeait trop abimés. Puis ayant recousu toutes les plaies, il sortit plusieurs autres fioles de son sac, et avec les tissus qu’avait apporté Charles, il fit les bandages. Tout ce temps, il avait murmuré : « C’est une magicienne, et quel pouvoir, elle a rejeté mon sort de soins comme on écarte une mouche. ». Ayant finit son ouvrage, il se redressa, et dit :

  • Je ne sais pas si elle vivra, en tout cas, moi je ne peux pas faire plus.
  • Que s’est il passé tout à l’heure ? Lui demandais-je.
  • Je n’en sais rien, j’ai eu l’impression sur l’instant qu’elle rejetais mon sort, ou plutôt qu’elle le balayait. Dit-il en baissant les bras. Mais plus j’y réfléchis, plus j’ai l’impression qu’en fait son corps à simplement résisté.
  • Et l’enfant ? Dis-je en me tournant vers Miranda qui venait d’entrer.
  • Un beau garçon, il vient de s’endormir. Il a l’air en bonne santé, mais je ne peux pas en jurer vu tout ce qu’à souffert sa mère. Tournant la tête vers Méanor, elle lui dit. Il faudra que vous l’examiniez avant de partir.
  • Oui, je le ferais avant de partir. Dit-il en hochant la tête. Mais avant j’aimerais me reposer quelques instants. Et je pense qu’il serait bon d’aller chercher le bourgmestre. Elle ne passera sans doute pas la nuit. Fit-il en baissant la tête.
  • J’y vais, dis-je. Je ne me suis pas senti très utile jusqu’à maintenant, aussi c’est à moi de le faire.

Je sortis donc de la pièce, et Charles me tendit un morceau de pain, avec un bout de fromage. J’attrapais ma cape, et me mis en route. Je trottinais d’un bon pas le temps de manger le quignon de pain pour me remettre des émotions de la soirée. Et dès que la dernière miette fut avalée, je me mis à courir. Filant dans la nuit, comme si j’avais la mort aux trousses. Mais n’était-ce pas le cas d’une certaine façon. Arrivé au village, je fonçais chez notre bourgmestre que je tirais de son lit assez brutalement il faut le dire. Je lui résumais l’histoire en quelques mots pendant qu’il s’habillait et nous repartîmes tout les deux.

Kyrten le bourgmestre était sans doute un bon coureur dans sa jeunesse. Mais les taches administratives qui l’occupaient maintenant du matin au soir et la bonne chère qu’il appréciait un peu trop lui avaient donné un peu d’embonpoint. Lorsque nous arrivâmes à la ferme, Charles nous attendait devant. Nous sommes entrés, Méanor et Miranda était devant le landau la tête basse. L’enfant, il me faut maintenant dire Edwyn, pleurait. Elle était morte, je le compris rapidement au silence qui regnait et à la présence du mage et de la maîtresse de maison dans la salle à manger plutôt que dans la chambre. Méanor pris la parole :

Quelques minutes après que tu sois parti chercher le bourgmestre, elle a commencé à avoir des convulsions. J’ai essayé, mais je n’ai rien pu faire. Un note triste et sinistre dans la voix, il ajouta. Je ne comprends toujours pas ce qui s’est passé.

Nous avons donc respecté une minute de silence pour l’âme de celle qui nous avait quitté et que nous ne connaissions pas. Nous avons fait quelques prières pour la paix de son âme, après avoir préparer son corps pour l’enterrement. Ce fut une heure éprouvant que celle là, ou nous avons caché les plaies du mieux que nous pouvions.

Je pensais que tout était fini, et je m’apprêtais à rentrer chez moi après une soirée bien agitée. Mais certaines considération m’avaient échappées. L’affaire éclata lorsque Kyrten annonça :

  • Bien, je passerais demain prendre l’enfant pour qu’il soit reconnu comme pupille du village.
  • Parce que vous pensez que nous ne pourrons pas lui donner l’éducation dont il a besoin. Répondit Miranda, de façon acerbe.
  • Je pense que cette enfant doit être placé sous la tutelle de l’académie. Un grand pouvoir sommeil en lui, et il serait dommage de le gâcher. Intervint alors Méanor.
  • Pour en faire un rat de bibliothèque qui ne met jamais le nez hors de son laboratoire. Répliqua Miranda.
  • Ça jamais ! S’exclamèrent Kyrten et Miranda d’une même voix.
  • Je veux qu’il ait une éducation de qualité. Soutint le bourgmestre. Et ce n’est pas dans votre école de pacotille qu’il pourra apprendre à diriger, ni même à faire autre chose que de la magie.
  • Il vient tout juste de perdre sa mère, voudriez vous le priver de sa seule chance de recevoir de l’affection. Dit Miranda, un sanglot dans la voix. Ne pouvez vous pas concevoir qu’il ait besoin d’une famille ?
  • Mais … vous voulez garder l’enfant ? Interrogea Kyrten.
  • Oui. Répondit Miranda, une larme au coin de l’œil.
  • Foutaises. S’exclama le mage. Vous ne pourrez certainement pas lui donner l’éducation dont il aura besoin pour tirer parti de ses capacités.
  • Parce que vous, vous en serez peut être capable ? Répondit Miranda. Vous n’avez même pas été capable de soigner sa mère. Qui vous dit qu’il sera capable de maîtriser votre magie puisqu’elle ne semble pas l’affecter ?

Cette réplique eut pour effet de clouer momentanément le bec de Méanor. Mais pas celui du bourgmestre. Celui-ci ajouta :

  • Et la noblesse dont il semble emprunt. Souhaitez-vous lui dénier le droit d’être quelqu’un de qualité ? Voulez-vous en faire un simple roturier ?
  • Si c’est pour en faire un dirigeant sans cœur, et qui ignore tout des valeurs de la famille, oui ! Affirma Miranda, la main sur le cœur. En plus, il ne sera pas trop tard quand il aura un peu grandit pour l’envoyer dans votre satanée école.
  • Il sera alors en retard sur la plupart des autres enfants. Répliqua Kyrten. Et ce sera plus dur pour lui.
  • L’école du village pourra bien lui enseigner ce dont il aura besoin pour ne pas être trop en retard. Affirma Miranda. En plus, je sens que sa place est ici, et pas avec vous.

Les larmes commencèrent à couler librement sur le visage de Miranda. Sa voix s’affaiblit lorsqu’elle ajouta :

  • Je viens tout juste de perdre mon fils. Et Méanor m’a dit que je ne pourrais plus avoir d’enfant.
  • Quoi ! S’exclama Charles qui ne semblait pas être au courant.
  • La fièvre qui a emporté votre enfant et faillit prendre aussi votre femme l’a rendue incapable de concevoir un autre enfant. Expliqua Méanor, résigné.
  • C’est donc mon dernier espoir d’avoir un garçon que je pourrais éduquer comme mon fils. Répondit Charles, d’une voix éteinte.

Il pris la main de sa femme et annonça :

  • Je souhaite aussi que nous gardions Edwyn.
  • Oui, de tout mon cœur. Ajouta Miranda.
  • Bien. Fit Kyrten en s’inclinant. Je pense qu’il est inutile d’insister dans ce cas. Je garderais toutefois un œil sur ce garnement.
  • Moi aussi. Affirma Méanor.
  • Et quand il sera en age de choisir, c’est à dire pour ses 16 ans, nous lui demanderons de choisir. Ajouta le bourgmestre.
  • Je suis d’accord. Ajouta le mage.
  • Je passerais dans le courant de la semaine prochaine pour voir comment Edwyn se porte. Annonça Kyrten.
  • N’hésitez pas à m’appeler, s’il se produit la moindre anomalie. Dit finalement Méanor.

Et ils prirent tout deux leurs affaires, et nous reprîmes tout trois le chemin du village. C’est ainsi que se sont déroulés ses quelques événements.

2 Comments

2 responses to Un Orphelin – Chapitre 1 : Un soir de printemps

  1. Manirian on août 6, 2009 at 21:35

    Bon je suis arrivée au bout. Désolée de dire ça mais je suis entourée d’un bruit constant.

    Alors pour commencer, niveau originalité je suppose qu’on verra une vraie initiative plus tard (du moins je l’espère) mais pour l’instant ça ressemble beaucoup à plusieurs scénarios que j’ai déjà vu dont Eragon.
    D’un côté plus pratique tu as fait pas mal de fautes aussi bien de conjugaison, d’orthographes et de répétition. La façon dont tu as ordonné ton texte est aussi pour moi assez déplaisante à voir. Je reste assez conventionnelle dans la présentation et je ne dis pas que l’originalité est mal mais là j’avoue que ça alourdit la lecture. Pense plutôt à utiliser le système bien rodé des paragraphes avec alinéa et n’en fais pas trop. Toujours sur la forme, les dialogues sont quasiment illisibles, penses à utiliser les guillemets, les tirets et les noms des personnages ou des remplacements.

    Dans les bons côté, je note un vocabulaire riche, une connaissance (avec l’ozone notamment) et on voit que tu sais où tu vas.

    Voilà ce sera tout. En espérant que ça t’aide.

  2. Duncane on août 6, 2009 at 21:41

    @Manirian : Et oui, je suis en effet, loin d’être parfait niveau orthographe, la mise en forme n’est pas celle d’origine, mais celle que j’ai obtenu en faisant du bête copier/coller depuis mon format Open Office original. Je pense que je vais devoir les mettre sur le site afin qu’ils soient directement disponibles.

    Note : les tirets sont bien présents dans la version d’origine, et j’avoue ne pas avoir fait attention à leur présence, ou plutôt leur absence quand j’ai collé le texte ici. Je corrige ça dès demain.

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